Un DÉVELOPPEMENT « durable » pour les BASTIDES ?

Claude Calmettes

Depuis plus de 25 ans le C.E.B. se préoccupe du sort des bastides, en appliquant la plus simple des méthodes. Tout d’abord, les connaître avant d’en parler ; ensuite les faire connaître en parlant à ceux qui sont concernés, les élus et les habitants ; puis, alerter les responsables des collectivités territoriales que les problèmes existent mais que les solutions traditionnelles ne sont pas adaptées ; enfin se démarquer des historiens amateurs affublés de marchands d’images (souvent excellentes, d’ailleurs) pour s’ouvrir au partage de la connaissance enfin sortie de l’indifférence et de la routine.

Nous sommes au dernier virage avant la ligne droite.

Jusqu’à ce jour nous avons accumulé ce qui n’intéressait personne, à savoir, les plans de toutes les bastides (reconnues ou non, inventées ou usurpées), les photographies de toutes les bastides visitées, inventoriées, cartographiées, étudiées à la lumière des connaissances officielles de l’époque (1970-1990). Puis nous nous sommes rapprochés de l’Université pour mieux comprendre l’histoire du peuplement de ce grand territoire du Sud-Ouest français, berceau des bastides.

L’étude comparative des travaux des 3 véritables spécialistes du sujet « bastide » nous avait montré quelques profondes divergences dans les résultats de leurs analyses. Les conclusions de CURIES-SEIMBRES, LAVEDAN et HIGOUNET n’apportaient pas de solution crédible à l’apparition des bastides au milieu des nombreuses agglomérations étudiées. Si beaucoup trop d’universitaires avaient cessé de s’occuper officiellement des bastides (comme si la messe avait été dite), la recherche pourtant continuait dans les Universités, au sein des laboratoires d’Histoire Médiévale, tout autour du sujet bastide.

Maurice BERTHE reconnaissait les sauvetés, bourgs ecclésiaux et monastiques en tant que précurseurs des agglomérations nouvelles, Benoît CURSENTE redonnait aux castrum et bourgs castraux la place qui leur était due dans la hiérarchie féodale et avec Mireille MOUSNIER, ils redonnaient un sens à cette grande période du peuplement de notre région allant du X° au XIII° siècle. Nous leur avons montré combien il importait de ne pas laisser aux seuls spécialistes la primeur de ces avancées de la recherche dans l’histoire du Moyen Âge et nous avons inscrit ce principe du partage du savoir dans les termes d’une «  convention » nous engageant tout autant que la passion nous en faisait obligation.



Nogaro (32)
Puymirol (47)
Saint Sulpice la Pointe (81)
Saint Nicolas de la Grave (82)


Ensemble, et avec d’autres, nous avons entrepris une nouvelle plongée dans l’histoire, nourrie à d’autres sources et reprenant les anciennes, afin de mettre de nouvelles règles en perspective d’une ré-écriture de la saga des bastides, plus conforme aux réalités de la recherche. Ces matériaux, nous en avons nourri notre propre approche, pour mieux appliquer notre expérience aux vrais problèmes des bastides, aujourd’hui.

Nous avons établi les bases d’une politique propre aux caractéristiques urbaines d’agglomérations scientifiquement reconnues comme bastides et susceptible de recevoir les aides nécessaires à la décision et au financement de solutions adéquates.

C’est le LIVRE BLANC, terminé en 2007, sous l’égide de l’Europe et des Régions Midi-Pyrénées et Aquitaine, celles-ci ayant décidé de l’éditer et de le diffuser à tous ceux qu’elles imaginaient intéressés par le sujet traité. Ce recueil destiné à ne rien laisser de côté dans ses constats et ses orientations, s’est avéré porteur d’un consensus de principe, pour appuyer la politique de chaque Région au bénéfice des « bastides ».

Il apparaît donc judicieux d’en préciser les grandes lignes, afin de les comparer aux propositions reçues de chacune des régions par le C.E.B.

Par ordre d’importance, le C.E.B. pose comme préalables les conditions suivantes qui ne font qu’exprimer une évidence qu’il convient de respecter.

« C’est la totalité du GRAND SUD-OUEST qui accueille l’ensemble des réalisations urbaines issues du mouvement démographique constaté au Moyen Âge. »

« Les LIMITES TERRITORIALES ADMINISTRATIVES n’ont pas plus de sens dans les départements que dans les régions. »

« Il faut considérer aujourd’hui que le véritable sujet de l’étude s’étend à l’ensemble du territoire affecté par ce phénomène de création urbaine, à savoir, l’EUROPE. »

« Les BASTIDES font partie des agglomérations issues d’une intervention VOLONTAIRE, DÉLIBÉRÉE, DIRIGÉE, répondant à un CONCEPT GÉOMÉTRIQUE susceptible de se doter d’une PLACE. »

« …les analyses retenues ont porté exclusivement sur les agglomérations à plan régulier reconnues « BASTIDES » comportant une population supérieure à 500 habitants. »

« Le PLAN RÉGULIER est un critère de base pour définir un PATRIMOINE commun. La DÉMOGRAPHIE est une nécessité économique pour un développement durable. »

Les CONSTATS forment le premier chapitre du LIVRE BLANC, l’introduction précise :

« Les bastides ne sont pas des agglomérations médiévales pittoresques, comme il ressort de l’analyse des documents qui nourrissent la politique de financement des actions menées jusqu’à présent. Les bastides ne peuvent pas sombrer dans l’anonymat des centres anciens que la puissance publique aide à sortir de la ruine et de l’abandon. »
« Les bastides justifient de par leurs spécificités un traitement particulier qui doit s’ordonner autour des critères qui paraissent naturellement les caractériser. Toutes n’en possèdent pas la totalité, mais la plupart procèdent du même principe de fondation et supportent la même valeur culturelle. »

Et il est dit dans les conclusions :

« Ce patrimoine urbain est exceptionnel parce qu’EXEMPLAIRE d’une conception accomplie et assumée. Ce patrimoine architectural est représentatif de la RÉUSSITE de cette conception volontaire d’un carrefour d’échanges producteurs de richesses. »

« L’ORGANISATION SPATIALE est d’abord ce qu’il est important de comprendre et de protéger. »

« COMPRENDRE ce qui n’est visible que si l’on connaît son existence, c’est à ce prix que les bastides seront importantes pour nos régions du Sud-Ouest. »

« L’analyse entreprise dans ce document met en évidence les caractéristiques essentielles qui justifient une politique de mise en valeur pour un développement durable. Les CONSTATS proposés à la réflexion de tous les acteurs de la culture et de l’aménagement du territoire, sont suivis d’ORIENTATIONS permettant d’organiser dans le temps le sauvetage d’un PATRIMOINE méconnu. »

Après les CONSTATS, leur introduction et leurs conclusions, la relecture (!) s’impose pour les mêmes précautions concernant les ORIENTATIONS. Celles-ci sont bien évidemment les réponses à l’enquête menée sur le plus grand nombre de bastides représentatives. C’est sur les termes de cette seconde partie du LIVRE BLANC que sont élaborées les considérations d’un partenariat avec les collectivités territoriales selon la rédaction d’une convention. Il est donc souhaitable de prendre conscience des enjeux à respecter.

« Assurer la reconnaissance des caractères inhérents à la spécificité des bastides tient avant tout à en éviter la banalisation. Le fait d’avoir répertorié l’ensemble des agglomérations réputées bastides par des visites sur le terrain, la constitution d’archives photographiques et cartographiques globales, conduit à préconiser des traitements respectant des principes s’appuyant sur une réelle expérience acquise au long de plus de vingt années consacrées à ce travail. »

« L’intérêt que peut susciter la redécouverte de la réalité patrimoniale des bastides offre l’occasion de retrouver la volonté et d’imaginer les moyens de considérer comme une ardente obligation le fait de promouvoir une politique commune pour un ensemble cohérent de créations urbaines. »

Après avoir présenté pour chaque CONSTAT les orientations adaptées, les CONCLUSIONS définissent les éléments d’une politique qui s’engage avec des convictions :

« Cette politique devra s’appuyer sur un certain nombre d’ÉTUDES : études préalables, études complémentaires et études permanentes, préconisant des actions prioritaires, des actions exceptionnelles et des actions regroupées. »

« Il est proposé quelques OBJECTIFS à atteindre dans le court terme, le moyen terme et le long terme. »

Court terme :

« Etude spécifique des mises aux normes européennes des PLACES en bastide. »
« Étude spécifique du COMMERCE en bastide. »
« Dépliants touristiques européens. »
« Guides de visite commentée de la bastide. »

Moyen terme :

« Mise en place achevée des ÉTUDES URBAINES en bastide. »
« Recueil achevé des PLANS de CIRCULATION en bastide. »
« Inventaire achevé de la QUALITÉ ARCHITECTURALE et URBAINE en bastide. »
« Mise en place de la procédure ZPPAUP en bastide. »

Long terme :

« Gestion de la CHARTE de DÉVELOPPEMENT DURABLE : énergies renouvelables et agences vertes. »

« Gestion de la CHARTE de QUALITÉ ARCHITECTURALE « Industrie/Services. »

Enfin pour mettre sur les rails la politique spécifique aux bastides « souhaitée » :

« Un Cahier des Charges pour les ÉTUDES URBAINES ;
« Création d’un FORUM d’information, de formation et de recherche orienté vers les élus et les habitants ; «  Label BASTIDES et MARCHÉS » ;
« Fichier des Artisans du Patrimoine et des Artisans d’ART » ;
« LIVRE VERT de l’ARCHÉOLOGIE en bastide. »

C’est ce document, établi dans le cadre d’un projet européen, encadré par les Régions Midi-Pyrénées et Aquitaine, qui a été placé au centre des entretiens menés séparément par le C.E.B. et les 2 Régions. Ce sont les termes qui ont été retenus pour engager le dialogue et organiser le partenariat souhaité pour s’occuper réellement des BASTIDES à PLAN RÉGULIER.

Ceci se passait en 2007. Des contacts et des engagements ont été pris, mais rien n’a permis de se féliciter d’être utiles pour participer à la mise en oeuvre d’une véritable politique de revitalisation des bastides.

Chacun retourne dans ses errements précédents pour pratiquer une politique de guichet en contradiction avec un discours de circonstance.
Il faudra attendre encore.

info bastide n°75 septembre 2009



© Centre d'Etude des Bastides 2010
- Mise à jour de cette page le : 06/04/2010 -
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