exemples de bastides

LE LIVRE BLANC

La RUBRIQUE BASTIDES est naturellement incontournable dans la découverte du site bastides.org. Elle est cependant de nature à poser problème à ceux qui viendront à la pèche pour conforter une recherche personnelle ou vérifier une passion singulière. Il est question pour nous au CEB de replacer ce substantif à sa vraie place, à savoir, d’abord au pluriel, ensuite en une seule entité globale. Le mot bastide seul ne signifie rien, sinon pour les habitants d’une agglomération réputée bastide. C’est à l’ensemble des fondations de bastides que nous voulons témoigner du sort qu’il convient de leur réserver, bien différent de celui que l’on essaie de leur infliger depuis une trentaine d’années. De l’anonymat dans lequel elles végétaient, les bastides sont passées au stade de « produit » dont on aime compléter les circuits touristiques autour d’un pôle représentatif d’une entité de « Pays « ou de « Région ». La littérature pittoresque abonde dans les brochures touristiques au même titre que dans certains ouvrages saisonniers où l’image l’emporte sur le contenu de ré emploi traditionnel. Elle ne doit pas nous faire oublier que les « bastides » représentent un enjeu majeur du patrimoine de notre Sud Ouest Français, lequel s’inscrit avec bonheur dans la qualité de ce patrimoine européen légué par ce grand siècle d’or du Moyen Âge, le siècle des cathédrales.

TOUT CECI POUR DIRE, COMME IL EST ECRIT DANS LE LIVRE BLANC DES BASTIDES, EDITE EN 2007, QU’IL NE PEUT Y AVOIR D’HISTOIRE DES BASTIDES QUE TOUT AUTANT QU’ELLE S’ECRIVE SUR LA TOTALITE DU TERRITOIRE DU GRAND SUD OUEST.

Introduction

Les limites administratives modernes ne sont pas pertinentes pour traiter du phénomène de peuplement du Grand Sud-Ouest, à travers la production urbaine que représentent les BASTIDES dans cette période du Moyen Âge.

DU XIIe AU XIVe SIÈCLE CE MOUVEMENT DE CRÉATIONS URBAINES EST APPARU À LA SUITE D’UN LENT PROCESSUS ÉVOLUTIF ABOUTISSANT, DANS LES MEILLEURS DES CAS, À UN MODÈLE URBAIN CARACTÉRISTIQUE D’UN URBANISME « GOTHIQUE » ACCOMPLI, celui des bastides.

Il sera donc toujours question, dans ce cahier, d’analyses et de réflexions sur les bastides, de la nature d’un phénomène global recouvrant 14 départements et 3 régions. Chaque région sera privilégiée en faisant, chaque fois que nécessaire, références aux points communs à toutes les bastides ou à certaines catégories d’agglomérations, présentant des caractères homogènes entre elles sur l’ensemble du Grand Sud-Ouest, à savoir, la régularité de leur plan.

On doit préciser que l’on rencontre, sur ce territoire, entre 250 et 300 villes neuves, représentant plus de 700.000 habitants aujourd’hui.

L’inventaire des villes neuves médiévales à plan régulier va permettre de faire un bond en avant dans le domaine de la connaissance du développement du peuplement du Sud-Ouest français et parallèlement dans celui de l’évolution de la morphologie des formes urbaines. Ce que nous appelions bastides va se répartir entre les différentes créations jusque-là connues sous le nom de bourgs ecclésiaux ou castraux, de sauvetés, de castelnaux, ou de bastides se reconnaissant à partir d’une date précise que l’histoire nous a léguée.

Cet inventaire va préciser à quel objectif se consacrer et définir la stratégie de reconquête et de développement envisagée pour ces agglomérations.

Sur l’ensemble des études effectuées, on peut évaluer l’importance de ces réalisations urbaines dans l’organisation du territoire. On peut comptabiliser :

Une PRÉFECTURE : CARCASSONNE (Languedoc-Roussillon)
Quatre SOUS-PRÉFECTURES : LIBOURNE et VILLENEUVE-SUR-LOT (Aquitaine)
VILLEFRANCHE-DE-ROUERGUE et MIRANDE (Midi-Pyrénées)

Le nombre de CHEFS-LIEUX DE CANTON est représentatif de leur importance stratégique parmi les bastides.
On compte aujourd’hui 138 agglomérations à plan régulier dans le Sud-Ouest de la France pouvant prétendre au statut de « bastide » dont 57 chefs-lieux de canton (32 pour Midi-Pyrénées, 23 pour Aquitaine et 2 pour Languedoc-Roussillon).

L’OBJET SUR LEQUEL IL CONVIENT DE TRAVAILLER EST L’ENSEMBLE DES BASTIDES PRÉSENTANT LA PARTICULARITÉ D’UN PLAN RÉGULIER.

villes neuves

Ce lent mouvement d’organisation de l’espace qui va modeler l’EUROPE occidentale s’effectue pendant cette période du Moyen Âge qui s’étend sur près de cinq cents ans. Si, du Xe au XIIe siècle, tour à tour, l’église et le château définissent des lieux de vie, apportant la protection indispensable, l’ordre n’est pas encore inscrit sur le sol, et la paix n’est pas encore au rendez-vous. C’est dans la première moitié du XIIIe siècle que la guerre menée contre le comte de Toulouse par le roi de France et le Pape marque une phase importante dans la création urbaine.

La religion cathare, considérée comme schismatique par Rome, l’ambition et l’appétit des Capétiens pour étendre leurs possessions, vont se conjuguer pour mener une guerre aboutissant au démembrement du comté de Toulouse. Le traité de Meaux-Paris, en 1229, mettant fin aux hostilités désastreuses, autorise le comte, vaincu et à moitié dépouillé de ses biens, à construire de nouvelles agglomérations, pour peu qu’elles ne soient plus fortifiées. Ces villes neuves seront « ouvertes » pour recueillir les populations chassées de leurs villages détruits sous prétexte de croisade contre les cathares.

Ce seront les bastides.

La première sera LISLE-SUR-TARN dont la qualité morphologique et l’ambition politique suscitent encore l’admiration sans réserve. Il faudra attendre quelque peu pour que s’amplifie le mouvement. Il faudra surtout attendre que le comte de Toulouse, RAYMOND VII, s’éteigne, après avoir choisi comme héritier le frère du roi LOUIS IX en lui donnant sa fille. ALPHONSE DE POITIERS sera le plus grand bâtisseur de villes neuves, joignant son besoin permanent d’argent à son souci, plus noble, de préparer le comté de Toulouse à intégrer les territoires de la couronne de France. Entre le traité de Paris (1229) et son avènement (1249), les créations s’étaient concentrées surtout entre Toulouse et Albi, avec quelques points forts aux limites périphériques. Pour le nouveau comte de Toulouse, il convient de changer d’échelle. D’une vingtaine de créations urbaines, on passe à une cinquantaine pour une même durée. La vallée de la Garonne, le Lauragais, le Quercy, le Rouergue et surtout l’Agenais font l’objet de la réflexion stratégique du comte. À sa mort, en 1271, il laisse un territoire consolidé, renforcé et productif. Les prétentions anglaises et l’alternance du pouvoir en Agenais allaient amplifier le système de création de bastides, notamment avec Edouard Ier qui devient roi justement en 1272.

Jusqu’à la guerre de Cent Ans, ces fondations de villages se réaliseront par phases successives. Ensuite, ce ne seront plus que créations à l’unité, extensions d’agglomérations existantes ou reconstructions.

C'est la totalité du Grand Sud-Ouest qui accueille l'ensemble des réalisations urbaines issues du mouvement démographique constaté au Moyen Âge. Entre le Xe et le XIVe siècles, le peuplement s'organise, faisant évoluer l'habitat dispersé, jusque là considéré comme la forme naturelle d'implantation des populations, vers l'habitat aggloméré, que ce soit autour de l'église, du château ou du marché.
Sur 14 départements regroupant les cinq départements d'Aquitaine, les huit départements de Midi-Pyrénées et le département de l'Aude en Languedoc-Roussillon, nous pouvons retrouver entre 150 et 200 agglomérations encore en activité, représentant ce que nous appelons bastides, ces villes neuves médiévales, réparties sur la plupart des ÉTATS EUROPÉENS OCCIDENTAUX, fondées sur les mêmes critères, ceux-ci étant de nature morphologique, à savoir la régularité dans la géométrie du plan.

LE LIVRE BLANC juillet 2007

© Centre d'Etude des Bastides 2010
- Mise à jour de cette page : 28/05/2010 -
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