exemples de bastides

Et demain ?

Claude CALMETTES

plan de vic
Vic-en-Bigorre
plan de puymirol
Puymirol
plan de mirande
Mirande

Demain nous avons à continuer nos efforts à la lumière de l’expérience acquise depuis ces vingt années de recherche. Nous avons pris conscience que l’histoire était en perpétuelle évolution et se nourrissait de la recherche. Nous avons adopté le mouvement qui permet aux hommes de découvrir le monde et de sortir ainsi de leurs querelles de clocher. Nous avons compris que le patrimoine appartenait à qui le possédait et que celui-ci ne pouvait vivre que s’il produisait lui-même ce qu’il lui faut. Ainsi, avons-nous choisi de répondre à ces enjeux que représentent pour demain la pertinence de l’histoire revisitée, la priorité de l’homme dans son environnement et la nécessité du développement équitable. Nous nous sommes fixé trois objectifs que nous proposons de partager avec tous ceux que le monde des villes neuves du Moyen Âge passionnent, qu’ils y habitent, qu’ils y travaillent, qu’ils en aient la charge ou qu’ils les étudient ou les fréquentent avec passion. Nous voulons partager le retour aux sources de l’histoire, améliorer notre réflexion sur la relation entre l’homme et son cadre de vie, développer les moyens d’un renouvellement des modes de développement.

Partager le retour aux sources de l’histoire

Nous avons rassemblé tout ce qu’il était possible de connaître sur ces villes neuves du Moyen Âge à partir de travaux publiés pour établir notre banque de données. Nous avons, comme tout le monde, emprunté le chemin de la compilation pour en diffuser l’essentiel vers ceux qui n’en connaissaient rien. Ce travail de sensibilisation a porté ses fruits mais, alors que les choses semblaient bien établies, notre chemin nous a conduit vers l‘Université. Nous y avons trouvé le moyen de sortir du labyrinthe où nous étions piégés. Nous avons accès maintenant aux sources infinies, de la recherche de base, celles qui s’alimentent de la réflexion et de la remise en cause des valeurs établies. C’est ainsi qu’apparaissent des pistes nouvelles élargissant le champ initial de notre engagement. Le phénomène bastide, qui nous avait tant intéressés, se révèle l’élément principal d’une lente évolution, nous obligeant à remonter dans le temps pour comprendre et expliquer ce qu’on nous avait présenté comme une novation dans la conception urbaine. Nous abordons maintenant le domaine de l’histoire du peuplement et nous allons devoir travailler sur des avancées successives de la connaissance.

Nous n’aurons pas à prendre parti, du fait même de notre formation et de notre bon sens, notre esprit critique et notre bonne foi seront suffisants pour répondre aux sceptiques et aux conservateurs. Nous allons nous attacher à travailler à la fois sur les bases historiques confirmées et sur les formes morphologiques affirmées. Nous aurons à présenter ce que nous aurons découvert, grâce aux travaux des chercheurs, à ceux dont la connaissance doit être affirmée parce qu’elle touche à l’essentiel de leur cadre de vie. N’oublions pas que nous oeuvrons à la constitution d’un réseau de formes urbaines historiques, que le réseau est habité et doit survivre et développer le meilleur de ce que l’histoire lui a confié.
Il nous appartient de mettre en œuvre ce long travail de restitution de l’histoire, tenu à jour et diffusé auprès de ce public que nous sommes en train de conquérir.
C’est la remise à niveau de l’ensemble des données de notre banque informatisée qui nous attend ; c’est aussi la remise en cause du caractère intangible des connaissances acquises qui va nous permettre, nous l’espérons, de mettre en place ce carrefour d’idées que nous avions rêvé de devenir au CEB en 1983.

plan de grenade
Grenade
plan de beaumont
Beaumont
plan de monpazier
Monpazier

Améliorer notre réflexion sur la relation entre l’homme et son cadre de vie

Le travail que nous avons accompli sur le terrain nous a permis d’aborder et de comprendre ce que représente la vie en bastide, de nos jours, pour les habitants comme pour les responsables élus et tous ceux qui y travaillent. Le cadre de vie qu’offre une bastide à ses habitants n’est pas le même que celui d’un village pittoresque ou d’un petit port de mer… Entendons pas là que la régularité d’un plan conduit à des pratiques quelques peu différentes de celles qu’induit un plan aléatoire, concentrique ou disséminé. L’organisation de l’espace se vit différemment selon sa conception. Nous avons jusqu’à présent milité pour que la notion de bastide soit comprise du plus grand nombre. Nous avons retenu, pour mieux l’expliquer, les typologies les plus simples pour rendre évident le côté volontariste de ces créations urbaines. Il était important de se sentir en famille et de comprendre que toutes ces agglomérations constituent un réseau à elles seules. La politique de regroupement à laquelle de nombreux élus ont accédé conduit à affirmer ce caractère commun que l’histoire a légué.

Nous avons maintenant à répondre, avec plus de vigueur et d’arguments, à ce que doit être la mise en valeur coordonnée d’un noyau historique dont la régularité du plan est devenue patrimoniale. Il faut , pour ce faire, que les fonctions essentielles de la vie contemporaine soient respectées au même titre que ce patrimoine habité doit rester lui-même, sans adaptation abusive (comme le XIX ème siècle nous en a livré de pitoyables exemples). C’est un nouveau dialogue qui doit s’établir pour que l’enjeu soit partagé. C’est pourquoi, il importe d’échanger les expériences, de visiter les réalisations, d’en comparer les conséquences, de sérier les problèmes et de savoir les sacrifices qu’il convient d’accepter pour une plus grande liberté ou une satisfaction équitable. Le réseau des bastides est suffisamment divers et varié pour que la nécessité de le connaître devienne une obligation naturelle, compte tenu de l’enrichissement attendu. Il n’y a pas de recettes mais il y a des principes, et c’est à eux que se réfère en partie la Charte annexée aux statuts associatifs des bastides.

Ainsi, notre action devra se porter avec force sur l’organisation des échanges entre bastides autant que les rencontres en bastide pour analyser les besoins non satisfaits et y trouver remède. On ne doit plus admettre que la vie en bastide est une contrainte trop forte. On ne peut plus accepter que les bastides soient confondues avec de simples villages pittoresques et que ce qui est bon pour ceux-là soit bon pour elles. L’uniformisation des solutions techniques mène à la ruine des identités urbaines.

Le travail sera long. Il faut que nous soyons présents auprès de ces entités urbaines petites ou grandes, individuelles ou regroupées. Notre expérience doit pouvoir être à leur service. Nous défendons ces valeurs communes que sont les spécificités de nos bastides avec une oeil tourné vers l’avenir. Demain ne doit pas être trop tard.

Développer les moyens d’un renouvellement des modes développement.

plan de pietrasanta
Pietrasanta - Italie
plan de villareal
Villareal - Espagne
plan de Alcacovas
Alcaçovas - Portugal
plan de Budweiss
Budweiss - Tchéquie

L’aménagement du territoire entrepris depuis quelques années en France continue de progresser et d’apporter les premiers fruits, notamment dans le développement durable et le jumelage de l’économie et du patrimoine. La création de Pays cohérents et logiques dans leur communauté d’intérêts permet d’envisager l’avenir avec moins de scepticisme. Le regroupement des bastides correspond à la même logique et doit permettre de participer à des entités particulières, tout en préservant leur identité propre. La recherche de qualité dans les pôles de développement que chaque association va instituer permet au Sud-Ouest de la France de montrer le chemin de ce que peut devenir pour l’Europe Occidentale le regroupement par région homogène des villes neuves du Moyen Âge.
Le C.E.B. considère comme essentiel pour les bastides du Sud-Ouest elles-mêmes que se mette en place à l’échelle européenne un réseau de villes neuves dont le caractère éminemment commun génère une identité qu’il convient de décliner. Le champ d’implantation de ces villes recouvre la plupart des pays d’Europe occidentale : l’Espagne et l’Italie, la France, le Pays de Galles, l’Allemagne et la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, l’Autriche, la Suisse… Qu’importent les raisons de leur fondation, ces villes ont bénéficié, elles aussi, de l’expérience des bourgs ecclésiaux et des bourgs castraux pour aboutir à cette forme caractéristique, le plan régulier, qu’il nous importe de mettre en évidence. Il s’agit de regrouper ces entités urbaines et de les mettre en réseau, de faciliter les échanges culturels, sociaux, économiques et touristiques, à partir d'un label patrimonial reconnu.
A nous d’en faire le recensement. A nous de convaincre les représentants de ces villes neuves de s’engager ensemble dans une politique de mise en valeur commune. A nous de susciter et de coordonner les échanges sur ce nouveau réseau. C’est petit à petit que s’adjoindront les partenaires et que se dégageront les compétences et les volontés. La qualité de ce patrimoine européen se développant sur un réseau pour le moment virtuel (il existe, il faut l’organiser) doit nécessairement aboutir à la création d’activités économiques et touristiques d’importance.

On peut reconstituer le mouvement des idées et des biens qui a toujours fonctionné à partir de ces villes créées pour cela : - des foires et marchés périodiques selon les régions, - des colloques, expositions et conférences programmées à l’échelle du réseau, - des échanges d’étudiants, d’universitaires et d’artistes, - des stages de formation artisanale et d’échanges de savoir-faire, - des manifestations industrielles, techniques, artistiques, - des festivals de théâtre, de musique, de cirque, de cinéma.

Est-ce vraiment utopique ? Vu d’une seule bastide sûrement. Vu d’un regroupement de bastides, isolé dans son département, peut-être. Mais vu d’un réseau de ces villes neuves du Moyen Âge du Sud-Ouest français, est-on si loin de communiquer avec nos homologues d’Espagne ou d’Italie, d’Allemagne ou de Pologne… ?
Non, tout cela, c’est pour demain.

Demain, à nous tous d’en vivre les émotions et d’en partager les fruits.

info bastide n° 56 mai 2003



© Centre d'Etude des Bastides 2010
- Mise à jour de cette page : 15/02/2010 -
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