Une exposition qui pose des questions

Claude Calmettes

L’exposition de CASTELNAU-DE-MONTMIRAL est l’occasion de faire le point au sein du C.E.B.. L’accent mis sur l’avant-bastide permet de se positionner hors du champ des idées reçues et de privilégier l’ouverture et le retour aux sources.
Le C.E.B. a été pensé comme un possible carrefour d’idées et d’échanges. Les relations plus étroites et plus sereines avec l’Université devraient permettre d’élaborer une méthode de travail adaptée et un programme de recherche complémentaire.

A partir de l’Albigeois, sujet second de l’exposition de CASTELNAU-DE-M., se pose vraiment la question de l’an 0 des bastides. L’an 0 existe-t-il en dehors du fait historique du traité de Meaux-Paris ? Qu’en est-il de la forme urbaine en l’an 1229 ?
Il apparaît tout à fait intéressant d’étudier parallèlement les plans des castelnaux , bourgs castraux et bastides dans une période antérieure et postérieure de dix ans à l’an 1229. De 1219 à 1239, qu’en a-t-il été des créations urbaines (y compris les extensions) ? Cette période est-elle pertinente pour aborder le problème de l’urbanisme dans cette région de l’Albigeois ? Ayant posé comme principe que , pour plus de clarté, c’est le traité de Meaux-Paris qui a permis de reconstruire l’autorité du Comte de Toulouse et, par là même, de relever les ruines et accueillir les populations en des lieux devenus indispensables, on en déduit qu’avant, ce n’était pas des “ bastides ”, et qu’après, il s’agit de voir comment s’est construit l’habitat renouvelé, sur quelle base et sur quelle politique dans le temps.

Analyser l’impact du traité de Meaux-Paris sur la politique de peuplement dans les Etats du Comte de Toulouse est un objectif intéressant

Le recentrage des actions, l’organisation souple des relations, la recherche d’une motivation collective, la place des anciens et celle des jeunes, le besoin des actifs sont des thèmes qui suscitent d’abord la réflexion avant l’engagement.

Les recherches que nous avons menées pour rendre plus claire la période qui s’étend du début de la croisade des Albigeois à la mort de Raymond VII ont contribué à nous convaincre de l’intérêt évident que représente, pour l’histoire des bastides, l’étude des créations urbaines de cette période. Le champ de recherche est immense, compte tenu de la relative pauvreté des sources et de leur dispersion. Laurent MACE* vient d’écrire une fort intéressante introduction à la saga des Comtes de Toulouse. Il dresse un tableau synthétique lumineux des événements de cette période charnière et nous avons pris de nombreuses informations originales à partir de la bibliographie constituée. La hiérarchie féodale permet de comprendre les motivations de ceux qui ont contribué le plus à l’organisation du peuplement de cette région.


carte albigeois avant bastides

Si l’on ne peut s’empêcher de focaliser la réflexion sur l’Albigeois et le Toulousain, il convient de suivre, à la marge des territoires raymondins, la façon dont les choses se sont mises en place au même moment. Nous nous efforçons de rassembler le contenu des études ponctuelles, souvent localisées sans relations entre elles, pour dresser une cartographie permettant de situer les influences éventuelles et d’en tirer un enseignement. Nous faisons d’ailleurs appel à tous, dans cet article, pour nous aider au mieux sans perte de temps inutile. L’analyse du phénomène «bourg castral» est très partielle dans les limites du territoire des bastides. Il en est de même du phénomène castelnau. Il est pourtant de première nécessité de pouvoir comprendre comment et à quel moment les premiers essais de régularisation du parcellaire se sont produits. Il semble important de rassembler l’ensemble des connaissances actuelles dans notre région sur la fondation des lieux habités possédant les marques des trois pouvoirs constitués (militaire, religieux, économique) justifiant la dénomination de Castel-naou.

info bastide n° 51 décembre 2001

* Les Comtes de Toulouse et leur entourage (XIIe, XIIIe siècle) Rivalités, alliances et jeux de pouvoirs . Toulouse, Privat 2000 .




EXPOSITION
Castelnau-de-Montmiral

Claude Calmettes

A partir d’une réflexion sur le schéma départemental du tourisme conduit par le Conseil Général, le syndicat mixte Vignobles et Bastides a souhaité mettre en place deux circuits touristiques à thème, l’un concernant le vignoble, l’autre les bastides et le patrimoine. La commune de Castelnau-de-Montmiral s’est prononcée pour la création d’un centre de présentation et de recherche sur le phénomène culturel et économique des bastides.
Peu convaincu des “ espaces bastides ”, “ musée des bastides ” ou autres réalisations onéreuses bien que largement subventionnées, le maire de CASTELNAU a fait appel au C.E.B. pour l’aider à monter un programme un peu plus novateur et susceptible d’apporter quelque chose à la recherche et à la visite sur le terrain. Ainsi est née une collaboration active qui va déboucher sur une véritable exposition permanente, noyau dur d' une politique culturelle engagée.


expo castelnau montmiral

Castelnau-de-Montmiral représente le temps qui s’écoule, le temps du peuplement du Sud-Ouest, un moment de ce peuplement qui a permis de voir s’implanter les castelnaux, les sauvetés et les bastides. On ne peut plus dire aujourd’hui que les bastides ont été créées de 1222 à 1370. Pourtant, on le lit partout. On peut dire que le Comte de Toulouse a subi en 1229 les contraintes d’un traité léonin, le traité de Meaux-Paris. Il pouvait reprendre en main les possessions que le roi de France lui laissait après les avoir ravagées à condition de reconstruire ou de créer de nouvelles agglomérations sans en assurer la défense. Ces bourgs devaient rester ouverts. Si l’on trouve encore des éléments de fortifications dans les bastides, parvenues jusqu’à nous c’est que la guerre de Cent ans a nécessité cette protection. Mais l’originalité de Castelnau tient dans ce qu’elle représente, en un même site et en continu, les différents éléments constitutifs d’une véritable création urbaine étalée dans le temps et pourtant homogène.
Sa fondation par les Comtes de Toulouse vers 1222 se présente quelques années avant la date du traité de Meaux-Paris autorisant les villes neuves. Il apparaît donc intéressant d’enrichir le programme de cette période du 12e siècle qui a vu s’implanter d’aussi nombreux villages sous la forme de sauveté et surtout de castelnau.

L’Albigeois constituant, de fait, le berceau des bastides, on peut s’intéresser à ce qui s’est passé à la charnière de ces deux périodes que représentent la longue gestation des castelnaux et la subite explosion des bastides. Un comité scientifique a été créé avec le Conseil Général (culture, patrimoine), les Archives Départementales, le maire, son staff et le C.E.B. L’année 2001 doit voir la réalisation de l’exposition permanente modulaire, sur place (à suivre...).

info bastide n° 49 avril 2001



© Centre d'Etude des Bastides 2010
- Mise à jour du site le : 19/03/2010 -
Plan du site