exemples de bastides

La régularité.

Claude Calmettes

Il importe de définir ce que nous entendons par le terme de RÉGULARITÉ, afin de venir à bout d’un dilemme qui ne satisfait personne.
Nous avons mené parallèlement trois études spécifiques sur des thèmes et supports différents, pendant les années 2004 à 2007, dans le cadre du projet INTERREG:

L’INVENTAIRE, le LIVRE BLANC et l’ATLAS.

inventaire des agglomérations à plan régulier ariège 09

Ce projet INTERREG proposait d’étudier les Villes Neuves d’Europe pour en dégager la particularité essentielle qui devait permettre de fédérer ces villes et en faire un témoignage partagé par toutes, autour de la reconnaissance d’un PATRIMOINE EUROPÉEN.
A partir de l’expérience du C.E.B. et de la compétence du Conseil Scientifique nommé dès le départ de l’étude, les critères à mettre en évidence ont été établis à partir du phénomène de RÉGULARITÉ qui semblait se dégager de l’histoire du peuplement de l’Europe du Moyen Âge.
Notre première conclusion admit la différence entre les 2 côtés des Pyrénées, l’Espagne et le Portugal présentant très peu des caractères propres à la régularité recherchée. La seconde conclusion permit de se dégager des problématiques rencontrées et non partagées afin de rechercher ce qui semblait, à travers les études analytiques et partielles menées dans d’autres Universités Européennes, représenter LE CRITÈRE commun pour établir le profil d’un PATRIMOINE URBAIN EUROPÉEN de l’époque médiévale.

C’est donc le terme de RÉGULARITÉ qui fonde notre action de recherche.
C’est pour comprendre ce terme que nous avons établi un INVENTAIRE des formes urbaines approchant un modèle d’organisation spatiale fondé sur :


une structure à 2 axes orthonormés définissant un réseau de voies et d’ilots, l’un des îlots devenant public en tant que PLACE.



Cette démarche a permis de comprendre la formation de la régularité dans le temps. Nous avons étudié aussi bien des organisations issues du pouvoir religieux, du pouvoir civil et seigneurial que du pouvoir royal. Les éléments urbains fondés avant 1229 sont conservés dans la base de données du C.E.B. pour des études ultérieures, les fondations effectuées après le traité de Meaux-Paris font l’objet de notre démarche pour les 5 années à venir, au moins. La RÉGULARITÉ se conjugue selon différents termes, naturellement. Nous avons choisi de privilégier le terme majeur de la forme orthonormée telle que nous pouvons la trouver dans le plan de Mirande ou celui de Grenade-sur-Garonne, et de regrouper autour d’elles l’ensemble des organisations spatiales qui en découlent. La limite se trouve là où la forme ne se définit plus avec clarté. Ceci pour les structures à 2 axes présentant une Place répondant à la fonction d’échange des bastides. La régularité se manifeste aussi dans le cas de structures à 1 axe entrainant de part et d’autre une organisation orthonormée, ainsi que dans le cas de structures à 1 axe majeur à plusieurs voies parallèles.

Nous avons constaté que ces schémas de structures sont communs, pour l’essentiel, à plusieurs types de créations urbaines. Notre recherche actuelle ne s’applique qu’aux entités urbaines reconnues historiquement comme « bastides ».

L’INVENTAIRE, dans une première phase, a permis de mettre en place un corpus présentant l’apparition et le développement de la RÉGULARITÉ dans les différents modes de peuplement du XI° au XIV° siècle dans le Sud-Ouest de la France.

Dans une deuxième phase, l’ATLAS a défini les agglomérations réputées « BASTIDES » présentant une morphologie RÉGULIÈRE susceptible ou non de représenter un « modèle européen ».

Dans une troisième démarche, le LIVRE BLANC a présenté les conditions souhaitables pour que les modèles retenus puissent accéder aux opérations nécessaires à leur sauvegarde, leur protection et surtout leur développement économique et culturel qui actuellement ne sont pas en place.

Cette recherche entreprise avec Maurice BERTHE et Benoît CURSENTE s’est appliquée à déterminer comment est apparue la régularité morphologique dans l’histoire du peuplement de notre grand Sud-Ouest. Si nous n’en sommes pas encore à théoriser sur ce vaste problème, nous avons pu situer dans l’espace et dans le temps les manifestations les plus apparentes de l’existence d’un nouveau système structurant; engendré par une régulation des axes fondateurs d’un quartier, d’un faubourg ou d’un centre conforme à un mode de faire particulier. C’est à l’analyse cartographique des documents de l’IGN au 1/25000° que nous le devons. Travail important pour découvrir plus de 600 villes neuves dont il a fallu ensuite vérifier sur le terrain la présence d’une morphologie indiscutablement régulière par sa géométrie et sa compatibilité chronologique avec la période étudiée. C’est plus de la moitié d’entre ces villes neuves que nous avons gardée dans cet Inventaire, afin d’en extraire les exemples significatifs de ce mode de faire caractérisant le mieux la morphologie des bastides. Départageant les deux entités historiquement différenciées, nous avons gardé en « mémoire » les villes neuves réputées à plan régulier, et organisée en ATLAS des BASTIDES à PLAN RÉGULIER la centaine d’agglomérations retenues selon les critères précédemment définis.

Ceci nous permet maintenant de mettre en oeuvre une véritable politique de mise en valeur et de développement conforme aux propositions du LIVRE BLANC, troisième ouvrage de base du C.E.B. dont nous avons largement diffusé les exemplaires, édités par les deux Régions qui nous ont soutenus dans cette aventure.

Pour coordonner toutes ces activités diverses et variées, il fallait mettre en place ce que nous avions prévu depuis longtemps, à savoir un conseil scientifique en phase et motivé avec le conseil d’administration du C.E.B. Maurice BERTHE s’est résolument engagé sur le chemin aventureux emprunté par le C.E.B., afin d’encadrer et de valider ses recherches. Médiéviste, ancien directeur de l’UMR FRAMESPA, il s’est entouré des compétences reconnues de son successeur à la tête de FRAMESPA, Benoît CURSENTE, également médiéviste, directeur de recherche au CNRS, ainsi que de Jacques POUMAREDE, professeur d’histoire du droit à l’Université des Sciences Sociales de Toulouse I et de Xavier RAVIER, linguiste spécialiste des langues romanes, professeur émérite à l’Université de Toulouse II-le-Mirail, ancien directeur de recherche au CNRS. Nous les remercions vivement en leur souhaitant la bienvenue.


sud ouest verification regularite morphologique

info bastide n° 74 mai 2009



© Centre d'Etude des Bastides 2010
- Mise à jour de cette page : 15/02/2010 -
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